Madame Figaro 16 octobre 2013

ELON MUSK, LE NOUVEAU GENIE DE L’AMERIQUE

 Le successeur de Steve Jobs, c’est lui. Internet, voiture green VIP, train supersonique et conquête de l’espace… À 42 ans, le milliardaire est l’icône de la révolution industrielle. Itinéraire d’un tycoon visionnaire.

 Par Alice d’Orgeval

Un nom qui claque comme une marque de luxe, un début de carrière à la Steve Jobs, l’un des carnets d’adresses les plus influents de la Californie et un goût immodéré pour les voitures de sport. S’il n’y avait que ça, Elon Musk, célèbre pour avoir été (en 2000) l’un des co-inventeurs du système de paiement numérique sécurisé PayPal (117,4 millions d’utilisateurs actifs), serait déjà en tête des patrons tendance de la Silicon Valley. Mais le milliardaire, un temps marié à l’actrice britannique Talulah Riley, joue bien plus gros. Et c’est évidemment Hollywood qui en parle le mieux. Ce n’est un secret pour personne : la version cinématographique de Tony Stark, le héros de la bande dessinée américaine Iron Man portée à l’écran en 2008 par Jon Favreau, fut inspirée par… Elon Musk himself. Stark surdoué dès le plus jeune âge ? Comme Musk, qui commercialisa son premier jeu vidéo à 12 ans. Stark visionnaire richissime ? Encore comme Musk, qui ne cesse de lancer de nouvelles machines à la portée futuriste. Dernière en date : une voiture électrique à conduite autonome, qui devrait permettre de céder 90?% du contrôle de son véhicule à un système informatique. Stark charmeur impénitent ? Toujours comme Musk, à qui l’on prête toutes les aventures, y compris un flirt avec l’indomptable Cameron Diaz.??Dans la Silicon Valley, laboratoire de l’économie green le brillant PDG de 42 ans, né en Afrique du Sud d’un père scientifique et d’une mère diététicienne, est déjà sacré icône de la nouvelle révolution industrielle. « Le plus grand entrepreneur vivant », « le Henry Ford du XXIe siècle », peut-on lire et entendre dans les médias anglo-saxons. Pléiade de louanges aussitôt nuancées par des répliques de ses détracteurs, qui voient d’abord en lui un mégalo en puissance. Il faut dire que ce grand enfant coiffé à la manière de Pee-Wee, déjà père de cinq fils (les triplés et jumeaux Kai, Damian, Xavier, Griffin et Saxon, conçus avec sa première femme, Justin), n’est pas du genre à plaisanter avec le sens de la vie. Le sien ? Envoyer des hommes sur Mars. « Dans plusieurs millions d’années, le réchauffement climatique sera tel que les océans seront à l’état d’ébullition. Il n’y aura donc plus de vie possible sur la Terre. Notre seule chance se situe ailleurs, sur une autre planète. »

Comment un pionnier de l’Internet, si génial soit-il, peut-il se lancer du jour au lendemain dans la conquête spatiale? ? C’est lui-même qui l’explique : « Un jour, un ami m’a demandé ce que j’avais envie de faire après PayPal (racheté en 2002 par eBay pour la somme de 1,5 milliard de dollars, NDLR). Je suis allé sur le site de la NASA pour voir quand il serait possible d’aller sur Mars. » À l’époque, faute de budget, l’agence américaine n’a plus de programme de cette envergure. Qu’à cela ne tienne : de l’argent et des rêves, Elon Musk, lui, en a. SpaceX, société commerciale de lancement de fusées à bas coût, est créée la même année. « Au début, on ne l’a pas pris au sérieux, se souvient Catherine Maunoury, directrice du musée de l’Air et de l’Espace. Mais aujourd’hui, ce qu’il a réussi est inouï : en dix ans, SpaceX a fait ce que l’humanité a réalisé en un siècle. » Mettre en orbite à moindre coût des satellites, réapprovisionner la station internationale ISS et concevoir ce sur quoi les ingénieurs les plus calés se cassent les dents depuis des décennies : un lanceur de fusée réutilisable. À force, SpaceX est devenu l’un des partners privilégiés de la NASA, opérant une partie de ses lancements de satellites.

Imaginer ce que sera la vie de demain

Comme son ami Jeff Bezos, le patron d’Amazon, ce drogué de travail appartient donc au cercle très fermé des tycoons de l’Internet piqués de conquête spatiale. Prestigieux… mais pas seulement. Derrière ces inventions, une même volonté : imaginer ce que sera la vie de demain, lui donner forme grâce à de nouveaux outils. D’abord avec PayPal et SpaceX, ensuite avec Tesla Motors, société de voitures électriques. En 2008, Musk prend le contrôle de la marque green haut de gamme, rebaptisée l’« Apple de l’automobile ». Bourrée de supergadgets et douée d’une puissance d’accélération décoiffante, la Tesla a déjà conquis le Tout-Hollywood, et sa valeur boursière s’envolait en mai dernier à 10 milliards de dollars, soit plus que PSA ou Fiat. « Injuste ! » clament ses adversaires, arguant de dysfonctionnements de la voiture et de ventes encore faibles. « La Tesla a des qualités indéniables, plaide Erik Comas, ex-pilote de formule 1 et fan de la première heure. Mais lorsqu’on bouscule les règles d’une industrie aussi puissante, on se fait forcément des ennemis. »?Peu disert en public, voire mystérieux, Musk, qui a doublé sa fortune l’an dernier, se montre prêt à tout pour contrer les critiques. Par exemple : rallier Los Angeles à New York par la route, avec ses cinq jeunes fils à l’arrière, pour prouver la fiabilité de la Tesla S.??Le redoutable homme d’affaires a enfin développé une société de panneaux solaires, SolarCity, devenue l’un des premiers fournisseurs aux États-Unis. À la révolution Musk il faut ajouter sa dernière idée : Hyperloop, un système innovant pour relier Los Angeles à San Francisco en trente minutes dans un train supersonique. Prochaine mission?? Auréolé de ses prouesses, celui qui n’a pas la réputation d’être tendre avec ses équipes a annoncé dernièrement, mi-naïf, mi-malicieux, vouloir se porter à la rescousse du mastodonte Boeing, empêtré dans des problèmes électriques sur son Dreamliner.??Après tout, Tony Stark dans Iron Man n’est-il pas le bienveillant protecteur des intérêts de la nation ? Et dans la galaxie Musk, jusqu’à preuve du contraire, on le sait bien : toute ressemblance avec la réalité n’est pas du tout fortuite.

Les cinq hommes qui font bouger le XXIe siècle

Le Français Bertin Nahum, patron de Medtech et père du robot Rosa, capable d’intervenir dans les opérations chirurgicales les plus complexes sur le cerveau.?L’Australien Saul Griffith, pionnier de l’or vert, dont la société Makani Power travaille sur l’énergie éolienne à très haute altitude.?Le Chinois Wang Chuanfu, première fortune de Chine, patron de Build your Dream, qui fabrique des batteries électriques innovantes.?L’Américain Michael Cima, chercheur au MIT, co-inventeur de l’imprimante numérique 3D, qui permet de fabriquer des objets.?Le Namibien Herman Heunis, fondateur de MXit, le Facebook africain (dix millions d’utilisateurs).

 

 

 

 

 

 

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