Madame Figaro 6 février 2014

Jemima Khan, drone de dame

Par Alice d’Orgeval

Cette golden girl au physique de madone est une action woman engagée. Son dernier fait d’armes : un Web-documentaire dénonçant les ravages des drones américains sur les populations pakistanaises. Zoom sur une charity bien ordonnée.

La scène se passe dans le Londres huppé, en novembre dernier. Mick Jagger, Bella Freud et Laura Bailey sont venus soutenir la sortie du documentaire de Jemima Khan, militante et fille héritière du magnat sir James (Jimmy) Goldsmith. Disponible gratuitement sur la Toile, Unmanned : America’s Drone Wars, s’intéresse à l’utilisation des drones dans la lutte antiterroriste au Pakistan et à leurs conséquences meurtrières sur la population. « Le président américain a approuvé 326 attaques de drones, faisant des milliers de victimes, une majorité de civils, dont des femmes et des enfants », martèle Jemima Khan. Second temps fort de la soirée : la séduisante, excentrique et tout juste quadra millionnaire officialise sa nouvelle relation avec le sulfureux Russell Brand .Argent, pouvoir, glam, sexe, et maintenant défense des droits de l’homme !??Aristocrate par sa mère (Lady Annabel Vane-Tempest-Stewart), modeuse hors pair et figure de la high society londonienne, personne d’autre mieux que Jemima Khan, ambassadrice britannique de l’Unicef depuis 2001, ne pouvait jouer ce rôle de « it activiste ». Quand Vanessa Seward lui propose d’incarner la fragrance Couture d’Azzaro, elle déclare vouloir reverser les gains à l’Unicef. So chic.

“La Kate Moss des bonnes causes”

Son combat le plus médiatique, elle le doit à l’affaire WikiLeaks. En 2010, quand son fondateur, Julian Assange, est arrêté à Londres à la demande de la justice suédoise, Jemima vole à son secours… Elle le lâchera néanmoins quelques mois plus tard, invoquant chez lui une tendance à la « dévotion sectaire et aveugle ». Du pain bénit pour les détracteurs de Jemima, agacés par ses revirements… Un chroniqueur du Guardian la surnomme alors la « Kate Moss des bonnes causes ».??Pas de quoi décourager la frondeuse. « Je déteste les mensonges et, en particulier, quand ils viennent d’un gouvernement qu’on a élu », déclare-t-elle. Un jour dans la rue pour manifester contre le président du Pakistan, le lendemain au micro de la BBC pour dénoncer les attaques de drones, le jour suivant signataire d’une lettre ouverte au gouvernement israélien protestant contre un plan d’éviction de 70 000 Bédouins palestiniens, l’agitatrice sait s’assurer, grâce à un bon carnet d’adresses, une présence sur tous les fronts. Et toujours avec style. Un trait de famille : même beauté et même grâce chez son frère Zac Goldsmith, engagé politiquement comme eco-warrior et proche de David Cameron.

“Une militante convaincue”

Pour Jemima, tout passe par un premier coup de théâtre. Influencée par l’image de son père autodidacte, provocateur et infatigable combattant des idées reçues, Jemima Khan choisit un conte de fées à sa pointure : à 21 ans, elle épouse le champion du monde de cricket aux allures de rock star, Imran Khan. L’homme politique, à la tête du Mouvement pour la justice au Pakistan, milite avec succès sur les thèmes de la corruption. Jemima passera presque neuf ans à ses côtés. Le temps d’apprendre l’ourdou, de donner naissance à leurs fils Suleiman et Qasim, de lancer sa propre collection de mode et de prendre goût à l’humanitaire. Dans le sillage d’Imran, elle visite des camps de réfugiés afghans et s’engage pour différentes causes.Durant la guerre en Irak, elle clamera publiquement sa honte d’être British.Tandis que certains l’imaginent déjà en nouvelle Sonia Gandhi, elle rêve pourtant de retrouver sa vie londonienne. De guerre lasse, leur divorce est prononcé en 2004.

Une love story avec Hugh Grant

De retour du Pakistan, une love story avec le comédien Hugh Grant la propulse à la une de la presse tabloïd. Jemima n’abandonne pas pour autant les armes, reprend des études sur l’islam et intègre la rédaction de New Statesman, journal politique de gauche. « C’est une militante convaincue, courageuse. Elle a œuvré dur à l’Unicef pour sensibiliser à la pauvreté dans le monde, au travail forcé des enfants et à l’exploitation sexuelle », dit d’elle Ian Burrell, éditeur à The Independent. Aussi, quand le Daily Telegraph la qualifie dans un article de « socialite » (mondaine), Jemima riposte. Elle lance illico un appel sur Twitter pour boycotter le journal et attaquer la messagerie du chroniqueur. Son compte, où l’on en apprend autant sur sa vie privée que sur ses partis pris, recense à ce jour 470 000 followers… prêts à défendre sa cause.

Le charity glam façon Jemima

Pour aider les enfants de Syrie : un bal à Londres, en présence de Roger Moore, Ewan McGregor et Claudia Schiffer. Résultat : 1 000 000 £ pour l’Unicef.

Pour soutenir les victimes au Pakistan : inviter le très sexy Russell Brand. Résultat : un tweet officiel du comédien conseillant à ses 7,4 millions de followers de courir voir le documentaire.

Pour redonner de l’espoir à la jeune génération de réfugiés palestiniens : convier dans sa maison de campagne le gratin londonien à assister au come-back historique de Roger Waters et David Gilmour, de Pink Floyd. Résultat : 400 000 £ pour la Hoping Foundation..

Share on FacebookTweet about this on Twittershare on TumblrEmail to someone