AU FIL DES MARQUISES

Dans le sillage de Gauguin, Melville et Stevenson, un cabotage en cargo dans les mers du Sud demeure un voyage quasiment initiatique.

Par Alice d’Orgeval

Avant d’accoster ces îles, on les aborde. Les mers du Sud ont de tout temps fasciné les explorateurs et les écrivains. Bien avant de fouler leur sol, c’est en lisant les récits de voyage, romans, journaux de bord, au rythme des envolés de Herman Melville, Paul Gauguin, Victor Segalen ou encore Robert Louis Stevenson et Pierre Loti, que le voyageur met pied à terre. Sauf qu’aujourd’hui, c’est en vrai. 10 h 00, sur les quais du port de Papeete : le cargo fait résonner sa lourde sirène. Le départ vers le large est imminent. Dans la cabine que la compagnie nous a réservée, on vérifie une énième fois que la cargaison d’ouvrages chargés de meubler les longues journées de traversée en mer est bien calée sur l’étagère. On s’est préparé comme pour le passage du cap Horn. Mais ce sont les douces Marquises qui nous appellent. Fatu Hiva, Ua Pou, Nuku Hiva, Hiva Oa, Tahuata, Ua Huka… ces noms enchanteurs ont déjà emporté notre imaginaire. On s’est vu écrire un roman sur une passerelle balayée par les alizés, rapporter un carnet de voyage épais comme un missel. Pour l’heure, sur le pont inférieur, accompagnant des danses rituelles censées porter chance à notre croisière, c’est la fanfare d’ukulélés qui triomphe. Temps au beau fixe, mais ce serait un comble…?L’Aranui est à la hauteur de sa réputation : ni cargo façon Axel Bauer, ni paquebot de loisir version palace flottant, un petit géant des mers solitaire sans qui les Marquises ne seraient plus les Marquises depuis bien longtemps.

 

Avec sa coque blanche reconnaissable entre mille, pleine à craquer d’aliments, de matériaux de chantier, de bolides dernier cri, le bateau est attendu toutes les trois semaines avec impatience. Les deux grues à l’avant rappellent qu’on est bien sur un navire de fret en dépit de la centaine de passagers embarqués avec nous ce matin. Installation des derniers containers, exercice de sauvetage, présentation de l’équipage, et le dernier bout de terre à l’horizon a disparu depuis un moment. Un directeur du musée maritime de San Diego est aussi à bord, apprend-on. Des conférences sur les explorations du capitaine Cook, venu au Marquises à trois reprises, de Melville ou de Gauguin pourront remplacer, pour ceux qui le souhaitent, les cours de danse tahitienne. En attendant, un très beau plafond de nuages ronds comme du coton nous accompagne. Trois journées de pleine mer et un moral hissé comme une grand-voile. Lever tôt, coucher tôt, se conformer aux horaires du soleil, lâcher prise : le cargo au large offre ce luxe anachronique de pouvoir réapprendre la lenteur, avancer en rythme avec le vent et les vagues. Les premiers explorateurs ne faisaient pas autre chose qu’utiliser la houle, les étoiles et le courant pour se repérer. Ils venaient de Taïwan d’abord, d’Espagne ensuite, puis des missionnaires de France et d’Angleterre qui s’étaient mis en tête de protéger ce bout du monde pourtant baptisé depuis la nuit des temps « la Terre des hommes » (Te Fenua enata). Les Marquises étaient et restent les antipodes de nos antipodes, des îles de lave perdues dans un immense désert de vagues et d’écume. Des îles résistantes à l’uniformité mondiale.

DE GAUGUIN A BREL

En 1846, Herman Melville, alors mousse sur un baleinier américain, va décrire dans son ouvrage Taïpi leur inusable isolement : « Il y avait bien, tous les demi-siècles, quelque aventureux coureur de mer qui venait interrompre leur parfaite quiétude ; il s’émerveillait alors du spectacle insolite et se serait volontiers attribué la gloire d’une nouvelle découverte. » C’est bien ce que réussit à faire l’un d’eux en baptisant l’archipel du titre de son maître, le marquis de Mendoza. Notre petite gloire à nous sera d’être sur le pont à l’aube du jour 4 quand la première Marquise nous fera enfin face. Rien à voir avec les tapis verts des atolls polynésiens. Même si l’on sait qu’on n’y trouvera pas de plage, ou presque pas, Nuku Hiva semble déjà la plus belle et la plus imprenable. Premier pas, premier tour d’horizon, premier coup de foudre pour cette nature de toute beauté, premier repas. La cuisine s’empare ici de tout ce qui existe autour d’elle. Des fruits, principalement celui de l’arbre à pain, puis le cochon, la chèvre, le poisson préparé mariné, les fruits de mer… Première initiation. Les anciens Marquisiens s’isolaient dans la montagne, ils recherchaient la force tellurique. Il reste quelques lieux de prières et de sacrifice ornés d’anciens tikis, ces statues symbolisant les divinités. Il y avait un dieu pour chaque chose, pour chaque acte. L’élu des hommes détenait un pouvoir inviolable appelé le mana et chacun respectait les âmes des défunts. Les guerres entre tribus s’arrêtaient à la première goutte de sang. A grand renfort d’épidémies et d’armes, les Européens tournèrent la page. Au milieu du XIXème siècle, on vit les rangs se clairsemer gravement. Tout fut interdit par les arrivants, les sacrifices, les danses, les tatouages et même le chant… Belle ironie du sort quand les Marquises deviendront, un siècle plus tard, avec Brel, une légende qui se fredonne.?L’Aranui reprend son gentil cabotage. De Nuku Hiva, la capitale, à Ua Pou, l’île aux quinze pitons de basalte dressées comme des cathédrales, où l’on déjeune de poulpe au lait de coco. De Ua Pou à Hiva Oa, l’île des mythes qui rend hommage à Paul (Gauguin) et à Jacques (Brel). Ils y vécurent. Pèlerinage syndical : cimetière marin, maison du Jouir, l’avion… Puis au tour du site archéologique d’Ilipona d’être mitraillés de pixels, où dans une jungle épaisse de splendides tikis, les plus grands de Polynésie, illustrent la grandeur des tribus cannibales. Oui, cannibales.

 

Pour les ancêtres, la tête du tiki représentait le passé et le présent, l’équilibre entre la vie et la mort, et pour recevoir il fallait donner. Puis de Hiva Oa à la belle Fatu Hiva. Des femmes nous montrent l’art de tisser un collier : les perles ici sont les feuilles de menthe, le vaouvaou, l’ylang-ylang, le tiaré, le gingembre, le vétiver. Une longue marche à terre vers l’intérieur de l’île nous libère la tête et les jambes. Le ciel offre un énième moment de grâce : il pleut là -bas dans ce vert, un rayon peint en jaune les cocotiers au premier plan. C’est un voyage à travers un nuancier. Orange, mauve, ocre. A chaque étape, le soleil s’entraîne sur cette terre sombre et aride. Qui a dit qu’on était en Polynésie ? Stevenson résumera ses impressions lors de son passage dans l’archipel, en 1888 : « J’y voyais le moins aimable et le plus sinistre et morne lieu de la terre. Beau, il l’était incontestablement. » ?On repart dans le programme calculé à la minute près. Encore cinq jours à bord. De Fatu Hiva à Tahuata, l’île aux enfants. De Tahuata à Ua Huka, la terre des chevaux libres. Il est prévu que le lendemain, à 6 h 00, le capitaine exécute sa plus belle manoeuvre : faire pivoter l’Aranui entre deux falaises déchiquetées, dans une baie grande comme un mouchoir de poche. Le tour est joué : Australiens, Hawaïens, Belges, Suisses, Bretons… le monde entier se retrouve à l’heure dite sur le pont. A chaque stop, la même rengaine : les marins déchargent le fret, jouent les gros bras devant les passagères. On s’amuse à repérer près des villages les terrains de foot de brousse. Non loin, toujours une église. On ne se refait pas. La fin de la croisière approche. On fait le plein d’huile de Tamanu, l’onguent miracle. Notre bibliothèque de voyage transportée depuis Paris est à peine entamée. Le capitaine nous explique que les fonds sous-marins de cette région du Pacifique, autour des Marquises, sont loin d’être entièrement balisés. Pour s’approcher de la Terre des hommes, il faut connaître. Et pour percer le mystère, il faut rester.

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